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"Les coulisses de la création" de Karol BEFFA et Cédric VILLANI

 
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Philosophe 3.0
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MessagePosté le: Jeu 5 Mai - 17:26 (2016)    Sujet du message: "Les coulisses de la création" de Karol BEFFA et Cédric VILLANI Répondre en citant

Citation personnelle :

"En recherche mathématique, personnelle, la première difficulté que je rencontre et sans doute l'une des plus grandes, est de donner une définition parfaitement claire et la plus simple possible des concepts et des objets dont j'ai l'intuition (intuition souvent vague au début et qui se précise d'avantage, peu à peu), surtout quand les objets sont suffisamment techniques et complexes, à définir, d'ailleurs les mathématiques d'aujourd'hui sont autrement plus vastes, plus abstraites, plus techniques et plus complexes que les mathématiques de l'époque de Pascal, où certes on créait des notions nouvelles, à partir de beaucoup moins :

Aujourd'hui, il faut savoir maîtriser mille et une techniques, et la démocratisation massive des études, rend beaucoup plus de gens, plus instruits, plus cultivés et plus intelligents, et d'une certaine façon, la concurrence plus féroce, entre les esprits intellectuels, même s'il y a, aussi, plus de places à la clé :

Etre un génie, aujourd'hui, n'a plus rien à voir, avec être un génie, il y a quatre siècles ou plus, et bien des gens du génie des génies passés, bien que souvent moins universels, mais plus pointus, passent, aujourd'hui, inaperçus, même si les génies passés disposaient de bien moins d'outils techniques que ceux d'aujourd'hui."


Fin de commentaire à mettre en relation avec :


(*) Citation p 217-220 du livre "Les coulisses de la création" de Karol BEFFA et Cédric VILLANI :

"KB : Mais les mathématiciens ne sont pas des superhéros aux qualités exponentiellement croissantes...

Est-ce que tu dirais que vous maîtrisez tout mieux que vos aînés ?

Ou n'est-ce pas plutôt que vos intérêts se déplacent au fur et à mesure que certains sujets ont été explorés ?


CV : On ne peut pas vraiment poser le problème ainsi. La science évolue, mais nos capacités ne croissent pas en proportion, certes : c'est toute la communauté dans son ensemble qui détient la connaissance.

Mais cette connaissance collective progresse indéniablement. Nous maîtrisons, en part relative, beaucoup moins de sujets que les anciens.

On en a déjà parlé avec l'histoire de von Neumann.

On pourrait aussi dire que Poincaré passe pour être le dernier mathématicien à avoir maîtrisé l'ensemble de la discipline.

Et puis les modes changent : certains sujets qui passaient pour très importants à une époque sont tombés en désuétude.

Ils sont toujours présents, toujours vrais, mais ils n'intéressent plus, Etienne Ghÿs me citait, à titre d'exemple, le ""théorème de Sturm" qui au début du XXème siècle passait pour être le sommet de l'algèbre : je n'en avais jamais entendu parler.

Il n'empêche, au niveau de la discipline, nous en savons infiniment plus, et les ouvrages de référence sont de plus en plus gros, traduisant non seulement un accroissement du volume de la connaissance, mais aussi de sa qualité.

Et si on y ajoute la qualité des applications, c'est encore plus spectaculaire, surtout à partir du XXème siècle, qui a été sans égal pour ce qui est du transfert entre théories fondamentales et applications spectaculaires, pour le pire et le meilleur.

Comme le disait Max von Laue, "j'ai vu la science se faire et j'ai vu l'histoire se faire" ...


KB : Tu distingues les progrès des individus des progrès de la communauté.

C'est comme si le chercheur était la partie d'un grand tout, comme une fourmi dans sa fourmilière.

Et la performance individuelle perd en importance, au profit de la performance collective.


CV : Le progrès dans les sociétés humaines est cela en grande partie.

Non seulement au niveau individuel on maîtrise une part bien plus faible, mais aussi certaines facultés se perdent.

Par exemple nous ne savons guère calculer, puisque les calculateurs électroniques le font pour nous; alors que les Euler, Gauss, Ramanujan étaient des calculateurs phénoménaux !


KB : Cela illustre d'une certaine façon la manière dont l'évolution technique peut influencer les processus créatifs.

Est-ce que tu penses que ne plus avoir à faire de calcul a changé la dynamique créative des mathématiques ?


CV : C'est très clair.

On se concentre sur d'autres choses, d'autres thèmes.

Peut-être passe-t-on de ce fait à côté de certaines choses, pourquoi pas ?


KB : Est-ce que l'on peut y voir une régression des capacités humaines ?


CV : Oui, régression de certaines capacités humaines intrinsèques, mais cela est normal.

C'est le même débat qu'à propos de l'invention de l'écriture, qui a clairement fait diminuer les capacités mnésiques.

Souviens-toi que Socrate était contre les livres parce qu'ils allaient entraîner une perte de la mémoire !

Il est certain que nous sommes aujourd'hui beaucoup moins forts que les Grecs anciens pour l'apprentissage par cœur, la mémorisation.

Cela n'empêche qu'avec l'écrit, la mémoire collective a gagné au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer.

Dans l'expédition d'Egypte, les savants de Bonaparte ont vu l'un de leurs vaisseaux sombrer, et avec les moyens du bord ils ont pu reconstituer presque tous les outils dont ils avaient besoin : un exploit technique dont seraient bien incapables les scientifiques d'aujourd'hui, tant notre rapport à la technologie est devenu spécialisé. [...]

Le progrès est souvent une forme de transfert de compétences de l'individu à la communauté, du généraliste au spécialiste, de l'humain à la machine : cela passe toujours par l'abandon de certaines compétences au profit d'autres."


(A mettre en rapport


avec l'Effet Flynn

évoqué dans le livre "Les pouvoirs incroyables du cerveau : L'intelligence dévoilée" de Amine MESTARI

et le livre "Internet rend-il bête ?" de Nicholas CARR,


et avec le recyclage neuronal

évoqué dans le livre "Les neurones de la lecture" de Stanislas Dehaene/Chapitre 3 : Les neurones de la lecture/ L'hypothèse du recyclage neuronal/ p 196)
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MessagePosté le: Jeu 5 Mai - 17:26 (2016)    Sujet du message: Publicité

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